Un dimanche matin

Un dimanche matin

DE DAMIEN MANIVEL

Damien Manivel a de la suite dans les idées : après La dame au chien (2010), son nouveau film aurait pu s’intituler L’homme au chien. Mais il s’agit donc d’Un dimanche matin (Prix Découverte Nikon à la Semaine de la critique lors du dernier Festival de Cannes), au cours duquel on suit la promenade – que l’on imagine rituelle – d’un homme et de son animal de compagnie dans d’incertains espaces périphériques : la banlieue, cette sorte de grand “terrain vague”, territoire privilégié du cinéaste.

Damien Manivel poursuit et radicalise les recherches de son film précédent : le travail sur la banalité de ces espèces d’espaces et la façon dont des corps aux formes non canoniques les habitent. Il s’agit d’un cinéma qui s’inscrit dans les creux, notamment d’un point de vue dramaturgique ; ici, une tranquille déambulation pour seule trame narrative. On admire à cet égard la précision avec laquelle sont mis en scène la cohabitation entre le minéral et le bucolique, ainsi que les passages de l’un à l’autre. Discrètement présent, le burlesque se trouve néanmoins interrogé d’une façon essentielle : qu’est-ce qu’un corps dans l’espace et qu’y rencontre-t-il ? Réponse : des aspérités, de l’étrangeté et surtout la recherche d’une présence. Damien Manivel a sans doute à l’esprit que les grands burlesques – classiques comme modernes – sont parmi ceux qui ont le mieux parlé de la matérialité des choses.

Passant du huis clos d’un pavillon (La dame au chien) à une trajectoire à ciel ouvert, on perçoit que le film est tant plongé dans une réalité qu’au sein d’une reformulation de celle-ci, notamment par un très beau travail sonore, tout en musicalité – superbe cliquetis des griffes du chien sur le bitume. Si cet art de l’instable constitue une sorte de suspense, il fait avant tout d’Un dimanche matin une précieuse expérience pour le regard. Sa poésie subtile et entêtante dispose du pouvoir de nous réconcilier avec tous les dimanches maussades. C’est dire.

Arnaud Hée