Ours, les animaux ont une histoire

Ours, les animaux ont une histoire

DE VIVIANNE PERELMUTER

Ours les animaux ont une histoire

France, 2006, 52’, prod. et dist. Les films d’ici

Pendant des siècles, l’ours fut le roi des animaux. Au fil du temps, l’aigle ou le lion l’ont fait déchoir de sa couronne. Par la voix de Michael Lonsdale, Vivianne Perelmuter raconte de multiples histoires d’ours. En effet, de ses représentations dans les grottes préhistoriques au cinéma d’aujourd’hui, cet animal tient une place de choix dans nos imaginaires. Les Occidentaux l’ont chassé, traqué, jusqu’à le faire disparaître. Si le destin de l’ours croise ainsi souvent l’homme, il possède également sa propre histoire. Rendre justice à l’histoire des bêtes, c’est ce que Robert Delort défend dans ses écrits dont s’inspire la très belle collection Les animaux ont une histoire, de Marie-Pierre Duhamel Muller.

En suivant le castor d’abord, puis le lynx, et enfin le hareng et le poulpe, Marie-Pierre Duhamel-Müller nous fait pénétrer dans un foisonnant muséum imaginaire. Un bestiaire singulier qui ne se contente pas de restituer l’animal dans l’histoire (humaine), mais qui nous bascule dans un temps mal connu de nous, le temps animal. S’inspirant d’un livre, Les animaux ont une histoire (Seuil) du médiéviste Robert Delort, également pionnier de l’histoire de l’environnement, la réalisatrice écrit cette histoire animale dans un montage sophistiqué d’images, mais aussi de documents d’archives et d’un commentaire érudit.

Ce «cinéma animalier» s’écarte des multiples films anthropomorphistes, de Frédéric Rossif à Disney, mais aussi des fables poético-politiques d’un Jean Painlevé. Ici l’animal n’est pas le prétexte à un film surréaliste, ni à une parabole sur le pouvoir ou sur la société. Marie-Pierre Duhamel-Müller prend l’animal comme sujet de l’Histoire et sujet de ses films. Et ce regard «animal» révèle une dimension oubliée des relations entre l’homme et la bête.

Mais cette série documentaire offre aussi quelques délicieux clins d’œil en jouant parfois de la figure animale comme de celle d’un acteur-né. Ainsi la reptation libidineuse du poulpe ou le défilé viril d’une armée de langoustes. A cette série, qui est diffusée sur Arte, s’ajoute une nouvelle salve de bêtes de scène, l’ours, le criquet et le lapin.

Annick PEIGNE-GIULY, Libération 10 décembre 2005