Un animal, des animaux

Un animal, des animaux

DE NICOLAS PHILIBERT

France, 1994, 59’, prod. Les films d’ici, dist. Les Films du Losange

La Galerie de Zoologie du Muséum National d’Histoire Naturelle est restée fermée au public pendant un quart de siècle, laissant dans la pénombre des réserves de l’une des plus importantes collections d’animaux naturalisés au monde. Nicolas Philibert s’attache au patient travail des restaurateurs qui redonnent tout leur lustre aux bêtes, aux transporteurs qui manipulent de gigantesques pachydermes et rhinocéros, au scénographe à qui il incombe de redonner à cette Arche de Noë un mouvement accordé à notre appréhension contemporaine du monde animal.

Par delà les hommes, les vraies vedettes ici sont leurs ancêtres et arrière petits cousins, tous ces insectes, reptiles et autres mammifères que l’on repeint, recoud et retape, des griffes au museau. Le tour de force d’ Un animal, des animaux consiste à redonner vie à toute une faune figée pour l’éternité dans la pose empaillée. Par l’intelligence de son regard et la force des images mouvantes, Philibert frise alors un fantastique qui évoque les plus belles heures documentaires de Franju ou Resnais : un singe nous regarde étrangement comme un vieillard saisi d’effroi, un éléphant glisse entre les platanes du jardin des Plantes, un zèbre s’envole devant les fenêtres du Muséum, un ours attend qu’on lui recolle un oeil, d’autres animaux semblent prêts à bondir de leurs étagères de rangement pour sauter à la gorge de leurs geôliers (ou du spectateur qui les regarde). En attendant, Philibert vient de nous donner une leçon de modestie (vanité de l’homme dans l’immense chaîne de l’évolution). Leçon qui a l’élégance d’être avant tout un film formidable, aux confins de la science, de l’architecture, de la poésie, du fantastique, du naturalisme et du work in progress.

Serge Kaganski, Les Inrockuptibles, 5 juin 1996

Pour visionner le film, rendez-vous sur le site de la 25ème heure en cliquant ici