Animal Pensivité

Animal pensivité

DE CHRISTINE BAUDILLON

France, 2017, 87’, prod. et dist. Baldanders Films

 

Rhinocéros, chauve-souris ou encore hirondelles, animaux familiers ou sauvages peuplent ce film contemplatif et délicat. Christine Baudillon observe avec d’infinies précautions l’éclat des fourrures, le chatoiement des plumes, le brillant des regards. La « pensivité » des bêtes, l’étrangeté de leur présence au monde sont accueillies, interrogées. Le film convoque des rêveries familières de l’enfance, des émerveillement anciens, à la vue des bêtes aux formes étranges, aux mouvements surprenants. Il nous est également offert de nous tenir à leur écoute, leur sensibilité et leur intelligence du monde.

 

« L’animal est comme un pays, il ne se déplace pas hors de chez lui » disait Gilles Aillaud, le peintre philosophe qui avait fait d’eux les sujets de sa peinture, parce qu’il pensait que la façon dont ils remplissaient leur existence était complète. Or c’est bien ainsi qu’ils sont et vont de par le monde, du moins si on les laisse un peu tranquilles, ce qui n’est plus si souvent le cas. Les observer, les suivre, essayer de comprendre leur façon d’habiter la terre, l’air ou les eaux, imaginer le vertige d’un monde d’où les noms sont absents mais où les choses sont béantes et les sensations avivées – c’est ce qu’il m’a toujours semblé que l’on devait faire avec eux. Mais on est loin, très loin du compte, et ils sont en train de mourir. A l’heure où la bigarrure des existences devient une peau de chagrin, le moindre geste d’attention prend la valeur d’une sauvegarde. Ce que Christine Baudillon a vu et a su filmer, c’est la patience animale, ce sont ces temporalités différentes où ils respirent et sont chez eux et où, pensifs, ils dilatent l’étendue même où ils vivent. »

Jean-Christophe Bailly