Saule Marceau

SAULE MARCEAU

DE JULIETTE ACHARD

France, Belgique, 2017, 34′, prod et dist. Les films de la caravane

Juliette Achard et son frère Clément ont grandi dans une cité de banlieue parisienne. Clément est devenu éleveur dans le Limousin. Aux abords de la ferme, le frère et la sœur tournent les séquences d’un western inspiré des films qu’ils regardaient ensemble. Les difficultés rencontrées par le jeune fermier, les souvenirs d’un rêve d’enfant et l’histoire de tout un territoire s’entrecroisent.
« Quand, petits, un grand arbre ou un rocher attirait notre attention par sa forme, nous l’appelions un saule Marceau. » Le film de Juliette Achard a la forme singulière qu’elle et son frère aîné Clément repéraient, enfants, dans la nature. Certes, la cinéaste est venue tourner un western avec Clément, qui a prolongé leur goût partagé pour ce genre cinématographique en devenant fermier. Il faut donc imaginer son gros cheval de trait en pur-sang du Far-West, et le Limousin en désert. Mais la visite prend une tournure contemplative et documentaire qui met en déroute tout scénario. Partie d’une Amérique charriée par les films de Ford, Lang, Mann ou Fuller habilement brodés sur la bande-son, la réalisatrice plonge dans l’histoire locale, un maquis qui abrita aussi un camp d’internement sous Vichy. Les sons portent la part d’enfance : un film préparé dans le rêve d’autres films, la campagne imaginée comme un espace mythique, vue depuis le repoussoir d’une banlieue parisienne urbanisée à la va-vite, privée des strates historiques de l’Ouest. Mais la vie sur place se détache de ces références – pour mieux permettre au western de revenir : le petit éleveur s’oppose aux producteurs de viande italiens, le solitaire survit en marge de la communauté qui lui refuse un prêt ou la vente d’une parcelle, le cow-boy intervient quand une vache s’échappe du camion… Une sœur réapprend à connaître son frère, circonscrivant avec sa caméra la forme biscornue, « saule marceau », qu’a prise sa vie.


Charlotte Garson